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 And straight on 'til morning | FLASHBACK

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Rebekah Stormborn

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En réalité, je suis
La fille du Léviathan
☂ Conte : folklore germanique & légendes phéniciennes.

☂ Emploi : pirate dans l'âme, barmaid & videuse au RH.
☂ Camp : celui de mon gang, de mon sang.
☂ True Love : je hum... c'est-à-dire que... *part se cacher*

☂ Avatar : Cintia Dicker.
© Crédit : Grace + Elsa + Morri + Kiki + Ceri.
MessageSujet: And straight on 'til morning | FLASHBACK    Sam 24 Déc - 21:39

And straight on 'til morning
One-Shot



Les forêts de Camelot sont en tout point semblables au cœur d’un homme. Dans leurs profondeurs se cachent et s'entremêlent les plus belles merveilles comme les ombres les plus abjectes. Qui sait ce qui peut bien se tapir derrière cette végétation luxuriante, ou ce visage souriant ?

De toute façon, ils seront toujours plus beaux que ceux de Bekah.
Ah, cette maudite chevelure. Toujours au cœur du problème, toujours au centre des attentions. Comme si nos vies tournaient autour de cet amas de cheveux. Du haut de ma petite cinquantaine d’années, je ne comprenais pas comment mes sœurs pouvaient passer leur temps à se lustrer la tignasse. Certes, elle était d’un blond angélique, soyeuse et lisse comme une chaude brise d’été. Mais quel intérêt ? La mienne semblait mener sa propre vie de son côté, aussi indisciplinée que sa propriétaire. D’un roux flamboyant, ma crinière était indomptable. Oh, j’avais bien essayé de la dresser, coiffage après coiffage. Une montagne de peignes en os y était passée. Pourtant, ma chevelure n’était jamais emmêlée. C’était comme si les nœuds se créaient d’eux-mêmes au passage des dents du peigne, en signe de contestation. Vous ne passerez paaas ! J’avais fini par lâcher l’affaire. Et je m’étais habituée aux regards offusqués, voire choqués, que mes congénères me lançaient. Je n’étais pas comme elles, il fallait se faire une raison. Néanmoins, j’aurais bien aimé participer à leurs jeux, trouver ma place dans leur quotidien. Et pas celle du mouton noir. Enfin, roux.
Je m’approchai d’un petit groupe qui confectionnait des couronnes de fleurs. Je m’assis en tailleur, un peu à l’écart pour ne pas imposer ma présence. Enfilant les plantes colorées les unes après les autres, la langue sortie prouvant ma concentration extrême, je réussis à fabriquer une couronne plutôt mignonne. J'étais fière de mon ouvrage. Je la déposai sur le haut de mon crâne et me tournai vers les autres jeunes nixes, un sourire victorieux illuminant mon visage constellé de taches de rousseur. Mes sœurs me toisèrent d’un œil à la fois peiné et condescendant. C’est pas terrible… T’as fait de ton mieux, mais c’est encore moche… Oh tiens, ça tombe bien, j’avais besoin d’une fleur bleue ! Leurs commentaires ne me surprirent qu’à moitié. Elles s’empressaient toujours de rabaisser tout ce que je faisais, même si je savais pertinemment que leurs travaux n’étaient pas meilleurs que les miens. Depuis ma naissance, elles s’étaient données pour mission de constamment me ramener plus bas que terre, de ruiner tous mes efforts pour être à leur hauteur. Ou de m’ignorer le reste du temps. J’étais à la fois un membre de la tribu et une intruse. L’une de mes sœurs arracha une grosse fleur saphir, détruisant ma couronne sans aucun état d’âme. D’autres suivirent, dépeçant mon œuvre telles des vautours sur une bête blessée et sans défense. Mes prunelles couleur d’ouragan se posèrent sur le cadavre décharné qu’était devenu mon petit chef-d’œuvre. À force, cela ne m’attristait même plus. Si c’était la seule façon d’attirer leur attention… Malgré tous ces échecs, je m’entêtais et persistais. Je voulais tellement être acceptée telle que j’étais. Ou alors, j’aurais tout donné pour être une ondine normale. Mais, dans un cas comme dans un autre, mes chances étaient plus que minces. Les actes de mes congénères me le rappelaient à chaque occasion. Si les humains pouvaient être atroces envers leurs semblables -et d’autant plus envers ceux qui ne leur ressemblaient pas-, les nixes étaient pires encore. Notre nature est mauvaise, c’est notre seule manière de faire face à l’adversité. Notre seule moyen de survivre. Du moins, c’est ce qu’elles m’avaient toujours enseigné. Mais est-ce que leurs règles s’appliquaient à moi, qui étais si différente ?
Je m’éloignai du cours d’eau. Je devais bien m’occuper. Chasser les papillons, jouer avec des loutres, organiser un concert de grenouilles… Puisque personne ne voulait de moi et que ma tignasse aux couleurs automnales mettait tout le clan mal à l’aise, j’avais depuis longtemps appris à passer le temps seule. Alors que j’étais en pleine partie de cache-cache avec un crapaud, des bruits inhabituels froissèrent les feuilles recouvrant le sol de la forêt. Sens en alerte, je me faufilai jusqu’à notre réserve de vêtements (ne me demandez pas comment nous nous les étions procurés, croyez-moi, vous ne voulez pas le savoir). Une fois habillée, je sortis prudemment des buissons. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que l’auteur de ce vacarme n’était autre qu’un beau cheval gris, monté par un monsieur enrobé dans un tas de ferraille. Surprise partagée, à en croire l’air étonné du chevalier. Bonjour petite, que fais-tu si loin de chez toi ? N’aies crainte, je ne te veux aucun mal… As-tu besoin d’aide ? Je le détaillai en long en large et en travers, la mine suspicieuse. Il me paraissait sympathique, cependant, les humains n’étaient pas connus pour leur honnêteté. Oh toi coco, tu vas pas passer l’hiver… Pourquoi ? Parce que mes sœurs lui préparaient un accueil mortel pardi ! Oui, “mortel”, au sens littéral du terme. Je les entendais déjà chanter. L’homme aussi. Comme happé par ce son si ensorcelant, il m’oublia complètement. Il descendit de sa monture et se dirigea vers les nixes, installées sur leurs rochers, étendant un peu plus leurs filets à chaque couplet. Heu, si j’étais vous je prendrais mes jambes à mon cou. Faut pas se fier aux apparences, en réalité elles sont laides comme des poux. J'avais envie de les faire sortir de leurs gonds, en bonne pimbêche que j'étais. Une de mes sœurs me foudroya du regard. Pour toute réponse, je lui tirai la langue. Le cavalier agita sa main gantée dans ma direction afin de me faire taire : Laisse donc gamine, le devoir m’appelle. Ma mâchoire se décrocha à cet affront. Le devoir ? Ouais ouais, à d’autres, marmonnai-je. Beh puisque c’est comme ça, va te noyer, ça t’apprendra. À vouloir être gentille, voilà tout ce que je récoltais. Et tandis que les ondines se délectaient des derniers souffles du malheureux, je grimpai dans un arbre afin de m’y réfugier pour la nuit. Je n’aimais pas m’en prendre aux humains, juste pour le plaisir de les tromper et de voir leurs poumons s’emplirent d’eau jusqu’à ce que mort s’en suive. Tuer ne gênait en rien mes maigres principes, j’en étais tout à fait capable. Mais il me fallait une raison. Ce que mes sœurs faisaient, c’était juste écœurant.
Je ne voulais pas rentrer au bercail. Pas maintenant. Pas ce soir. J’en étais à présent convaincue : ma place n’était pas ici. Blottie entre les branchages, le sommeil ne tarda pas à venir me cueillir.


Par-delà les étoiles s’étend le Rêve. Créature fantasmagorique tisseuse d’histoires, le Songe façonne nos désirs les plus profonds pour les rendre plus que réels. Il veille sur nos nuits, leur offrant des aventures que le Jour ne pourrait s’imaginer. Et, comme par enchantement, dès que nos paupières s’ouvrent, tout disparaît. Vapeurs éphémères d’un monde sans limites.

Encore ensuquée, je me frottai les yeux et m’étirai. Tiens, c’est bizarre, je sens plus la branche sous moooOOOIIIIII ! Le réveil fut plutôt brutal. Je planais à ce qui me paraissait des kilomètres au-dessus de ma chère forêt. J’arrivais à peine à distinguer clairement la cime des arbres derrière la brume des hauteurs. Je flottais au-dessus des nuages. QU’EST-CE QUE C’EST QUE CE TRAQUENARD ?! m’écriai-je, paniquée. Je battais furieusement de mes petits bras, de peur de tomber du ciel. Petit à petit, je me calmai, constatant que je ne risquais pas de chuter. Bon. Et qu’est-ce que je fais maintenant ? À ma plus grande stupeur, une voix me répondit : La deuxième étoile à droite et tout droit jusqu’au matin. Je regardai en l’air. Personne. Soit je délirais complètement, soit les nuages pouvaient parler. Toutefois, n’ayant pas d’autre indication, je décidai d'obtempérer... à un détail près. Hey la Voix, tu me prendrais pas pour une quiche par hasard ? Il doit y avoir des MILLIARDS d’étoiles à ma droite ! Comment veux-tu que je sache laquelle est la deuxième ? T’es maligne toi. À peine eus-je fini ma phrase qu'une puissante lumière jaillit dans la noirceur du ciel. Bah voilà, c’est tout de suite plus clair ! Suffisait de demander.
Je commençais à maîtriser le vol plané. C’était assez agréable en fin de compte. Oh, c’est quoi ça là-bas ? Le terminus ? Une île se profilait de l’autre côté des nuages. Je perdais progressivement de l’altitude. Le choix était vite fait. C’était cette île, ou la mer. Et les nixes avaient une violente allergie au sel. Je n’allais pas tenter l’expérience. Le sol de ce qui me semblait être une plage se rapprochait à vue d’œil. Heu la Voix ? Comment on fait pour s’arrêter ? … Ouhou, la Voix ? … Je me débrouille, c’est ça ? Pour nous dire où aller il y avait du monde hein, mais dès qu’on parlait technique, là, plus personne. Pff. Vite. Très vite. Trop vite. TROP VIIIIIII-... SPLATCH. Ah bah bravo. Mes jambes s'étaient liquéfiées sous le choc de l’atterrissage. Je me retrouvais donc dans une flaque d’eau jusqu’à la taille. Un vrai cul-de-jatte. Non sans rouspéter avec véhémence, je solidifiai le tout en une petite minute et hop, comme neuf ! Pfiou, j’ai failli mourir, me dis-je en passant une main sur mon front. On recommence ? Je balayai alors du regard le décor qui m’entourait. J’étais effectivement tombée sur une plage bordant une épaisse jungle. Je n’avais jamais vu de sable, mais quelque chose me disait qu’il ne valait mieux pas s’attarder ici. Courant aussi vite que je le pouvais, je rejoignis le couvert des arbres.
Après m'être frayée un chemin à l’aveuglette sur quelques centaines de mètres, des voix me parvinrent. Un “boum” régulier et grave venait ponctuer les paroles que j’entendais. Curieuse, je m’approchai jusqu’à arriver dans une clairière… bondée de gens. Je n’en avais jamais vu de pareils : ils portaient des peaux de bêtes, des plumes, et étaient peinturlurés du front jusqu’au menton. Tous stoppèrent leurs mouvements. Nous restâmes immobiles un moment. Esprit de pluie ! Il a entendu prières ! Il vient prendre offrandes ! J’haussai un sourcil. Il fallait préciser qu’à ce stade ma “reconstruction” n’avait pas totalement abouti, mes traits étaient encore aqueux. Autant jouer le jeu : Oui oui, c’est tout comme il a dit, fis-je en désignant l’homme qui venait de parler. Le groupe d’humains me fit soudain une révérence unanime. Plus crédules tu meurs. Deux d’entre eux apportèrent ensuite un immense plateau de fruits. Offrandes pour Esprit de pluie, me précisa le même individu que précédemment. Je me raclai la gorge, perplexe. C’est très gentil, mais hum, qu’est-ce que vous voulez que j’en fasse ? … Manger ? Ah non mais vous comprenez pas : je ne “mange” pas moi… Heu non je veux pas une jeune vierge, ça me servirait encore moins… Qu’est-ce que je veux ? Je sais pas, juste heu, pensez à me vénérer régulièrement et à la prochaine ! Sans demander mon reste, j’entamai un vieux demi-tour et déguerpis aussi vite qu’un lièvre. Des tarés.
Un peu plus tard, je finis par atteindre quelque chose qui m'était vaguement plus familier : une sorte de village au bord de l’eau. Toujours traînée par une curiosité maladive due à mon jeune âge, je poussai la porte de la première taverne venue. Une odeur pestilentielle m’agressa les narines. Pouah, ça puire ! L’auberge était presque vide. Seuls quelques gaillards étaient attablés. En me voyant débarquer, l’un en fit tomber sa cuillère, l’autre son œil de verre. Dis voir mon p’tit, tu serais pas un de ces salopiots d’Enfants Perdus ? Je gardais une bonne distance avec le gros type qui m’adressait la parole. Pas très avenant comme lascar. Heu ça dépend… C’est quoi la bonne réponse ? Le gars bascula sa tête en arrière dans un rire gras. T’es pas d’ici toi, viens donc boire un coup que t’es drôle ! À petits pas méfiants, je me hissai sur une chaise. Un homme n’ayant plus que trois dents me servit un breuvage ma foi fort suspect. Après une inspection minutieuse, j’en bus une gorgée. Beurk, C’est pas bon votre mixture ! C’est quoi ? Je m’essuyai la langue avec ma manche afin de faire passer le goût infect. Les bonshommes rirent de plus belle. Ça gamine, c’est not’ salut, à nous aut’ pirates. C’est du rhum ! Note à moi-même : le rhum, c’est dégueu. (Ah, si seulement j’avais su que des dizaines et des dizaines d’années plus tard, j’en boirais des litres !) Un barouf de tous les diables nous sortit de notre bonne humeur. File petite, v’là le captain et la bande. Ils sont pas aussi avenants que nous, faudrait pas qu’ils te trouent la carcasse. J’mettrais ma main à couper qu’tu deviendras une vraie terreur, ce serait dommage de bousiller la relève ! Allez, oust ! Comme j’étais arrivée, je repartis, mais cette fois à contrecœur. Je les aimais bien moi, ces pirates ! Ils avaient des physiques rigolos. Une vraie terreur… Yep, c’est ça que je serai ! Brandissant mes poings de minus, je cavalais à travers la jungle, un sourire mutin faisant pétiller mes prunelles. Un voyage dans le ciel, une tribu bizarre, des pirates… Quelle histoire ! Lorsque j'allais raconter ça à… à qui d’ailleurs ? Qui était assez intéressé par ma personne pour écouter mes péripéties ? J’avais beau chercher, je ne voyais pas. Ce petit moment de réflexion me fut fatal. SPOUTCH. Je m'étalai de tout mon long, le nez dans la terre meuble. Salut toi ! Tu viens d’arriver ? Je te connais pas. Moi c'est Rufio. Viens, je t'emmène voir Peter ! On se calme deux minutes. Le dénommé Rufio m'entraînait déjà à sa suite alors que j’avais encore de la terre sur le museau. Il me tira par le bras jusqu’à un gros arbre tordu autour duquel s'était rassemblée une bande de marmots. L’un d’eux, le plus grand, se leva à notre arrivée. Peter Pan. Apparemment, c’était une célébrité, cependant je n’en avais jamais entendu parler. Celui-ci m’avoua qu’il était très étonné de me voir, car il était toujours au courant des nouveaux enfants, dès le premier pied posé sur l’île. C’est parce que je ne suis pas un enfant ! Regarde. Et je lui montrai mes mains, qui se dévoilèrent sous leur vrai aspect : de l’eau avec une vague forme de doigts. Le Peter parut très intrigué. Il m’expliqua que c’était la première qu’une créature empruntait le “chemin des humains” pour venir ici. Au Pays Imaginaire. Là aussi, ce nom ne me disait vraiment rien. Neverland, la contrée où les enfants abandonnés ne grandissent jamais. Tandis que Pan me vantait les merveilles de son île, je le scrutai. J’avais un certain talent pour déceler la malhonnêteté. Derrière tout son charisme, sa ferveur et son apparente joie de vivre, Peter cachait quelque chose. Il n'était pas net. Ce dernier nous proposa (enfin, c'était une proposition un peu forcée si vous voulez mon avis) d’aller voir les sirènes. Les quoi ?! Mais avais-je vraiment le choix ? En marchant, je me mis à la hauteur de Rufio. Qu’est-ce qu’il a de spécial, ce Peter Pan ? Je veux dire, pourquoi vous le suivez ? Le garçon ne répondit pas tout de suite. Son regard se perdit un instant, avant de revenir : Pan ne perd jamais. Hum. Je ne dis rien, mais n’en pensais pas moins. J'étais très sceptique. Ça arrive à tout le monde de perdre quelque chose. On peut perdre… ses cheveux... ou une aiguille. J’ai pas d’aiguille, donc je peux pas en perdre, mais il paraît que ça se paume facilement. Et alors quand elle est dans une botte de foin, c’est encore plus dur à retrouver qu’un gravier après une crue. Enfin de ce qu’on m’a dit. Ce Peter m’était de plus en plus étrange. Je ne lui faisais pas confiance.
De longs cheveux luisants, des jacasseries insupportables, une queue écailleuse… Pas de doute : des sirènes. Comme elle est mignonne ! C’était de moi qu’elle parlait ? Elle allait en prendre pour son grade, celle-là. Pas comme toi, espèce de moitié de truite ! Et je me cachai derrière Pan. Courageuse mais pas téméraire. Pourquoi tant d’animosité, me direz-vous ? Tout simplement car les sirènes ont volé la vedette aux ondines. Elles nous ont tout piqué. Chanter pour noyer les hommes : c’est nous. Se brosser les cheveux toute la sainte journée : c’est nous. Une vieille rancune. Ma réaction amusa beaucoup Peter Pan. Cependant, la journée touchait à sa fin, il fallait rentrer à l’Arbre du Pendu. Nom très joyeux comme vous pouvez le constater. Sur le chemin, mes méninges se mirent en action. Je me sentais bien mieux parmi les Enfants Perdus qu’avec mes sœurs. Ils s'intéressaient à moi, ils me posaient des tonnes de questions et me proposaient sans cesse de jouer avec eux. Néanmoins, je savais au plus profond de moi-même que je n’étais pas des leurs. Neverland était vachement drôle, mais ce n’était pas chez moi. De mes courtes pattes, je rattrapai Pan au petit trot. Je lui tirai le bas de son veston pour attirer son attention. Je plongeai mes grands yeux orageux, écarquillés comme ceux d’une chouette, dans les siens. Tu sais Peter, ma famille, elle m’a pas abandonnée… C’est moi qui l’ait pas encore trouvée. Pan posa un genou à terre afin d’être à ma hauteur. Il savait déjà que j’allais partir. Il me demanda de ne pas l’oublier, de ne pas oublier le Pays Imaginaire. Je lui fis mon plus beau sourire malicieux : Oublier ? Comment je pourrais oublier un truc aussi inoubliable ? Il m’aspergea alors d’une poussière brillante, et je repris mon envol. Prochain arrêt : le royaume de Camelot. Avant que l’île ne disparaisse dans le lointain, j’agitai mes bras dans d’amples signes d’au revoir. Le rêve touchait à sa fin.


Il est des matins où le réveil est douloureux. Où se lever signifie entamer une journée éprouvante. Encore une. Reprendre une rengaine aussi usée qu’usante. Encore un pas de plus vers le dernier sommeil. Mais il est d’autres matins où l’on sort de la torpeur comme l’on émergerait de l’eau après une noyade. Une renaissance. Une nouvelle chance, un nouvel espoir.

Je me sentais glisser, glisser, glisser… Wopla ! J’évitai de peu un second réveil décoiffant en me rattrapant de justesse à une branche. En un bond, je rejoignis la terre ferme. J’inspirai profondément, gonflant mes poumons au maximum. Ah, ça c’est bien l’air que je connais ! Le rêve de cette nuit me paraissait si réel qu’à un moment, j’avais vraiment douté. D’un côté, je n’avais pas assez d’imagination pour inventer tout ce que je venais de vivre dans ma tête… Bah, on cherchera des explications plus tard… ou pas du tout.
Je m’étais réveillée de bonne humeur. Ce qui était assez rare, pour ne pas dire exceptionnel. Pour quelle raison ? Eh ma petite dame, parce qu’à présent j’avais un but. Trouver ma vraie famille. Trouver ma place dans ce monde. Ou me la faire. Mais pour débuter cette quête, il me fallait un point de départ. Beh oui, c’était bien joli tout ça, mais ça ressemblait à quoi une vraie famille ? Comment pourrais-je le savoir ? Et comment saurais-je quand je l’aurais trouvée ? Ce serait franchement pas de bol de passer devant et de la louper. Aussi, je me décidai à rendre visite à Celle-qui-sait-tout. La doyenne de la tribu. Une vieille nixe toujours recluse dans une grotte immergée, cachée derrière un champ d’herbes aquatiques. Elle sentait un peu le poisson pas frais, mais elle en savait un rayon. Je n’avais aucune idée de ce qu’elle pourrait me dire, voire si elle serait en mesure de me révéler quoi que ce soit. Mais il fallait tenter le coup. J’avais tellement de questions et aucune réponse. Je devais changer la donne et quitter le nid.

Un simple rêve peut changer bien des destins. Sans cette escapade au Pays Imaginaire, peut-être n’aurais-je jamais quitté mon cours d’eau. Peut-être n’aurais-je jamais rencontré les personnes qui me sont si chères aujourd’hui. Peut-être ne serais-je jamais devenue pirate. Peut-être n’aurais-je jamais su qui était mon père. Peut-être aurais-je vécu dans l’ignorance. Et peut-être que ç’aurait été mieux. Une chose est sûre, je n’aurais jamais été celle que je suis. Et encore une fois, peut-être que ç’aurait été mieux.

Emi Burton

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